Monsanto, ma voisine et moi

Rencontre improbable, lorsqu’un énorme quad équipé d’un immense réservoir, apparaît avec aux commandes un conducteur masqué, armé d’un diffuseur, qui hurle à ma femme par-dessus la clôture : « Rentrez les enfants et le chien, je vais épandre ! ».

 

Interloqué,  je m’approche,  essayant de comprendre la raison du trouble de notre quiétude familiale. J’interpelle le conducteur et lui demande : « Que faites-vous s’il vous plaît ? Qu’allez-vous épandre ?
Le conducteur se démasque : c’est notre charmante voisine, agricultrice.
- Bonjour madame, lui dis-je, excusez moi,  je ne vous avais pas reconnue. Mais au fait, qu’allez-vous épandre ?
- Du Round Up® pour protéger la clôture électrique !
- Vous êtes en train de me dire que pour protéger votre clôture électrique, vous allez épandre du Round Up® sur mon potager, qui est juste en bordure de terrain ? C’est une tentative d’empoisonnement avec préméditation !!!
Ma voisine, bien embêtée parce qu’elle est honnête et que nous entretenons de très bonnes relations de voisinage,  tente d’abord de m’expliquer que le Round Up n’est pas si dangereux que ça, qu’il est très dilué, etc… (c’est d’ailleurs pour cela qu’elle nous demandait de rentrer les enfants et le chien !) Puis, à court d’arguments, elle finit par nous faire comprendre que, compte tenu de la taille de son exploitation, si elle veut conserver une vie de famille, elle ne peut pas consacrer quinze jours à désherber manuellement sous la clôture et n’a donc pas vraiment d’autre choix que de nous empoisonner !

Nous bavardons quelque temps sur la menace que Monsanto fait peser sur la planète, elle en convient partiellement et finit également par admettre qu’elle aurait bien aimé faire de l’agriculture biologique, mais que son niveau d’endettement est important, et qu’il n’est pas envisageable pour elle d’accepter 4 ou 5 ans de déficit d’exploitation avant de pouvoir espérer  revenir à un équilibre déjà précaire. Autrement dit, la reconversion lui paraît impossible !

La voilà donc coincée dans une logique de survie qui va finalement à l’encontre de ses propres valeurs morales.
Le compromis consista à lui proposer de désherber manuellement la partie de clôture mitoyenne. Me voilà donc à manier la faux ! Mais, si le pire a été momentanément évité, la solution n’est pour autant pas encore trouvée.  Je ne sais d’ailleurs pas comment l’aider, localement,  à trouver une méthode de désherbage qui lui permette de conserver une vie de famille sans pour autant empoisonner la mienne et à entamer une reconversion biologique sans mourir de faim entre-temps !
La solution serait-elle sociale et solidaire ?
Jean-Baptiste Selleret
selleretjb@yahoo.fr

 

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